Africa Digital Forum
Pourquoi Lomé est bien placée pour devenir la prochaine capitale numérique de l’Afrique
Retour au blog
Actualités ADFCommerce et ZLECAfCybersécuritéIA et DonnéesInfrastructurePolitique Numérique

Pourquoi Lomé est bien placée pour devenir la prochaine capitale numérique de l’Afrique

Emmanuel Clifford Gyetuah·2 octobre 2026·6 min
Actualités ADF
Depuis plusieurs années, les discussions sur la révolution numérique en Afrique se concentrent sur des pôles technologiques bien établis : la « Silicon Savannah » de Nairobi, l’écosystème dynamique du capital-risque à Lagos, les startups du Cap ou encore le quartier de l’innovation de Kigali, porté par une politique publique volontariste.
Pourtant, le long du golfe de Guinée, une transformation plus discrète, mais structurelle, est en cours.
Lomé, capitale du Togo, cherche à s’imposer non comme une ville technologique de plus, mais comme un pôle numérique, institutionnel et politique de premier plan en Afrique de l’Ouest. En combinant infrastructures souveraines, cadres réglementaires, gouvernance de la cybersécurité et intégration panafricaine, la ville se dote progressivement des moyens nécessaires pour contribuer au développement de l’économie numérique du continent.
Voici les principaux atouts qui placent Lomé sur la voie d’un statut de capitale numérique africaine.

1. Des infrastructures de premier plan : le câble Equiano et le cloud souverain

Une économie numérique dynamique repose sur des infrastructures physiques solides. Ces dernières années, le Togo a accordé une place importante aux investissements technologiques destinés à répondre aux besoins du pays et à renforcer sa connectivité régionale.
En mars 2022, Lomé est devenue le  premier point d’atterrissement africain du câble sous-marin à haute capacité Equiano de Google . Cette infrastructure dispose d’une capacité environ vingt fois supérieure à celle du dernier câble construit pour desservir la région. Elle doit contribuer à réduire la latence, à améliorer les débits et à renforcer la connectivité du Togo.
Cette dorsale sous-marine est complétée par le  Lomé Data Centre , inauguré en juin 2021. Cette infrastructure souveraine, neutre vis-à-vis des opérateurs et certifiée Tier III, offre des capacités locales d’hébergement sécurisé pour les services cloud, le stockage des données et les applications numériques des entreprises et des administrations.
En maintenant sur le territoire national l’hébergement de données sensibles, le Togo met à la disposition des entreprises technologiques, des institutions financières et des services publics une infrastructure conçue selon des normes internationales de disponibilité et de sécurité.

2. Sécuriser l’espace numérique : Cyber Defense Africa et gouvernance souveraine

À mesure que les activités économiques et administratives migrent vers les plateformes numériques, la confiance et la cybersécurité deviennent des enjeux essentiels. Lomé a adopté une approche structurée visant à renforcer la résilience numérique du pays.
À travers  Cyber Defense Africa , entreprise issue d’un partenariat entre la République togolaise et la société polonaise Asseco Data Systems, le pays dispose notamment d’un centre opérationnel de sécurité et d’une équipe nationale de réponse aux incidents informatiques. Ces dispositifs contribuent à la protection des infrastructures critiques, des systèmes publics et des réseaux commerciaux.
En partenariat avec la  Commission économique des Nations unies pour l’Afrique , le Togo a également engagé la création à Lomé du Centre africain de coordination et de recherche en cybersécurité.
Ce projet a vocation à renforcer le partage d’informations sur les cybermenaces, la prévention de la cybercriminalité, les capacités techniques et l’harmonisation des politiques entre les États africains. En développant cet environnement de confiance, Lomé cherche à offrir aux entreprises technologiques, aux banques et aux startups des conditions d’activité plus sûres.

3. Une politique publique structurée : la Stratégie Togo Digital 2025

Les infrastructures ne suffisent pas sans une gouvernance capable d’orienter et d’accompagner leur utilisation. À travers la  Stratégie Togo Digital 2025 , les autorités togolaises ont placé le numérique au cœur de la stratégie nationale de développement.
Cette feuille de route prévoit notamment la généralisation de l’identité biométrique, la dématérialisation des procédures administratives et la création d’un environnement favorable au développement des entreprises technologiques.
Le numérique n’y est pas considéré comme un secteur isolé, mais comme un levier transversal susceptible d’améliorer l’agriculture, la logistique, la santé, le commerce et les services publics.
Parmi les principales orientations figurent :
Les infrastructures et services publics numériques : déploiement de plateformes administratives interopérables, de solutions d’identification et de moyens de paiement numériques.
L’accélération de l’écosystème : soutien aux incubateurs, aux programmes intensifs de formation technique et aux structures d’innovation présentes dans le Grand Lomé.
La modernisation du cadre réglementaire : adoption de dispositifs juridiques relatifs à la protection des données personnelles, aux transactions électroniques, à la cybersécurité et au développement des entreprises numériques.

4. Une forte concentration d’institutions financières et une ouverture panafricaine

Lomé occupe une position stratégique au carrefour des espaces francophone, anglophone et lusophone d’Afrique de l’Ouest. La ville peut ainsi servir de passerelle entre plusieurs marchés et communautés économiques de la région.
Elle accueille les sièges de grandes institutions financières panafricaines, notamment la  Banque ouest-africaine de développement , la  Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO  et le groupe bancaire  Ecobank .
Cette concentration d’institutions financières crée un environnement favorable à la mobilisation conjointe de financements publics, de capitaux privés et d’investissements institutionnels pour soutenir des projets technologiques de grande ampleur.
La position géographique du Togo et son appartenance à la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest facilitent également la mobilité régionale. Lomé peut ainsi accueillir des entrepreneurs, des ingénieurs, des investisseurs, des chercheurs et des responsables publics venus collaborer autour de projets à dimension panafricaine.

5. Former les talents : la dynamique portée par le MDI

La construction d’une capitale numérique suppose l’existence d’un vivier durable de compétences locales. Pour contribuer à réduire le déficit de compétences numériques, l’écosystème du Media and Digital Institute a choisi Lomé pour accueillir son établissement de formation professionnelle, l’ Institut des Métiers du Digital .
En lien avec l’ Africa Digital Forum  et avec l’appui international de la MDI Africa Foundation, l’IMD développe à Lomé une offre de formation pratique destinée notamment aux futurs développeurs, spécialistes de l’intelligence artificielle, analystes en cybersécurité et entrepreneurs du numérique.
En rapprochant les programmes de formation des besoins de recrutement des entreprises et des débats continentaux sur les politiques numériques, cet écosystème entend contribuer à former les compétences nécessaires à la transformation numérique du Togo et de l’Afrique.

Un point d’ancrage pour la souveraineté numérique africaine

L’ambition numérique de Lomé repose sur une vision à long terme. La combinaison d’une connectivité internationale renforcée, d’un centre de données souverain certifié Tier III, de dispositifs de cybersécurité et d’une forte présence institutionnelle fournit à la ville une base solide pour développer une économie numérique intégrée.
La prochaine édition de l’ Africa Digital Forum  réunira à Lomé des responsables publics, des dirigeants d’entreprises technologiques, des investisseurs et des entrepreneurs autour d’un objectif commun : contribuer à façonner l’avenir numérique de l’Afrique.
Lomé ne se contente pas d’observer la transformation numérique du continent. La ville participe à la construction des infrastructures, des politiques publiques et des compétences dont dépendra cette transformation.
EC

Emmanuel Clifford Gyetuah

Emmanuel Clifford Gyetuah is a versatile leader who specializes in transforming complex financial metrics into actionable strategic insights. Currently, he is the Organizing Director for the Africa Digital Forum, Director at the Media and Digital Institute, and Senior Finance Manager at Bolingo Consult.