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Fintech and paymentFintech et paiements
La vision ambitieuse de la Banque du Ghana pour l’intégration des fintechs
Emmanuel Clifford Gyetuah·4 septembre 2026·4 min
Fintech and payment
Une nouvelle ère pour l’innovation en Afrique de l’Ouest
Dans une initiative qui marque une évolution importante du paysage financier africain, la Banque du Ghana a présenté une stratégie globale destinée à stimuler l’écosystème fintech du continent. Lors du lancement du MoMo FinTech Lab le 12 août 2026, Owureku Asare, responsable des fintechs et de l’innovation à la Banque du Ghana, a exposé une vision qui dépasse les frontières nationales.
Fondée sur une réglementation adaptée aux fintechs, un bac à sable réglementaire continental et l’élargissement des infrastructures de paiement transfrontalières, cette stratégie place le Ghana parmi les pays qui contribuent activement à construire l’avenir de l’économie numérique africaine.
Dépasser les cadres bancaires traditionnels
Pendant plusieurs années, le secteur africain des fintechs s’est développé dans les interstices de législations bancaires conçues pour des établissements traditionnels. La Banque du Ghana entend répondre à cette situation en élaborant des règles propres aux fintechs, capables d’apporter une plus grande sécurité juridique tout en préservant leur agilité.
Ces dispositions visent à s’éloigner des exigences bancaires uniformes, souvent inadaptées aux jeunes entreprises disposant de structures légères et confrontées à des obligations de fonds propres et de conformité particulièrement coûteuses.
En établissant un cadre juridique plus clair, la banque centrale cherche à protéger l’intégrité du système financier sans étouffer l’innovation. Cette approche, fondée sur une expérimentation maîtrisée, doit permettre de sécuriser les données et les fonds des clients tout en maintenant un environnement favorable à des modèles économiques encore peu explorés par les institutions traditionnelles.
Un bac à sable continental pour rapprocher les juridictions
La proposition d’un bac à sable réglementaire continental constitue sans doute la composante la plus ambitieuse de cette stratégie. Une fintech qui réussit à Accra doit actuellement franchir de nombreux obstacles réglementaires distincts si elle souhaite s’étendre à Nairobi ou à Abidjan. Cette fragmentation limite fortement le développement d’entreprises technologiques africaines capables de changer d’échelle.
Le dispositif proposé permettrait aux entreprises ghanéennes de tester et de déployer leurs produits simultanément dans plusieurs juridictions africaines. L’harmonisation des normes et le partage d’informations entre banques centrales pourraient ainsi favoriser la création d’un marché numérique commun des services financiers.
Cette orientation rejoint les objectifs de la Zone de libre-échange continentale africaine en réduisant les contraintes réglementaires et opérationnelles qui freinent encore le commerce intra-africain.
Paiements transfrontaliers et projet pilote avec le Rwanda
L’élargissement des systèmes de paiement transfrontaliers constitue le socle technique de cette intégration. La Banque du Ghana expérimente actuellement avec le Rwanda un dispositif destiné à simplifier les transferts d’argent et à en réduire le coût.
Les transferts entre pays africains ont souvent coûté plus cher que les envois de fonds entre l’Afrique et l’Europe, notamment en raison du recours à des devises intermédiaires comme le dollar américain ou l’euro.
Le Nigeria et sept autres pays discuteraient de leur participation à cette initiative. En permettant des règlements directs et en temps réel dans les monnaies locales, le Ghana contribue à bâtir l’infrastructure financière nécessaire au développement de la ZLECAf. L’enjeu dépasse la commodité : il s’agit de réduire le coût des échanges et d’aider les petites et moyennes entreprises à commercer à l’échelle du continent.
De l’inclusion à la création de valeur
Owureku Asare a rappelé que le Ghana avait accompli des progrès importants en matière d’inclusion financière, principalement grâce au mobile money. La priorité consiste désormais à permettre aux citoyens de tirer davantage de valeur de ces services.
L’objectif est de dépasser les opérations élémentaires de dépôt et de retrait pour proposer des produits plus élaborés, notamment dans les domaines de l’assurance, du crédit et de l’investissement, adaptés aux personnes non bancarisées ou insuffisamment desservies.
Le MoMo FinTech Lab doit servir de centre physique et intellectuel à cette transition. En réunissant autorités de régulation, développeurs et dirigeants du secteur, il peut contribuer à rendre la prochaine génération de services financiers plus sûre, responsable et inclusive.
Un repère numérique pour le continent
Les initiatives conduites par la Banque du Ghana offrent une perspective utile au reste du continent. En associant une réglementation nationale structurée à une ambition panafricaine, le Ghana montre que l’avenir de la finance africaine sera à la fois numérique et transfrontalier.
À mesure que les projets pilotes avec le Rwanda et le Nigeria progresseront, ils pourront fournir des enseignements concrets aux autres pays engagés dans la construction d’une Afrique financièrement intégrée et inclusive.
EC
Emmanuel Clifford Gyetuah
Emmanuel Clifford Gyetuah is a versatile leader who specializes in transforming complex financial metrics into actionable strategic insights. Currently, he is the Organizing Director for the Africa Digital Forum, Director at the Media and Digital Institute, and Senior Finance Manager at Bolingo Consult.
