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À Dakar, le BRT 100 % électrique redéfinit la ville africaine
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Infrastructure

À Dakar, le BRT 100 % électrique redéfinit la ville africaine

Emmanuel Clifford Gyetuah·8 septembre 2026·6 min
Infrastructure
À Dakar, au Sénégal, une étape historique vient d’être franchie. Le lancement du  premier système de bus à haut niveau de service entièrement électrique d’Afrique  constitue bien plus qu’un projet de transport. Il illustre concrètement ce que la Banque mondiale qualifie de  « développement intelligent en action » .
En intégrant une technologie verte à grande capacité dans son tissu urbain, Dakar ne se contente pas de répondre à un problème local de mobilité. La capitale sénégalaise propose un modèle dont d’autres villes africaines peuvent s’inspirer pour dépasser les infrastructures traditionnelles à forte intensité carbone et construire des métropoles plus résilientes, inclusives et efficaces.
Pour mesurer la portée de cette avancée, il faut d’abord en examiner les principaux indicateurs. Le Bus Rapid Transit de Dakar n’est ni une expérimentation ni un projet pilote de petite taille. Il s’agit d’un système pleinement opérationnel, conçu pour répondre aux difficultés structurelles de la mobilité urbaine.
121 bus électriques : ce déploiement à grande échelle des technologies de mobilité propre accompagne la transition de Dakar vers un avenir moins polluant, moins bruyant et plus durable.
300 000 passagers par jour : ce volume d’usagers montre que le BRT constitue un axe essentiel au fonctionnement de l’économie urbaine.
Des temps de trajet réduits de moitié : dans une grande ville, le temps est une ressource précieuse. Réduire de 50 % la durée des déplacements ne permet pas seulement aux travailleurs de récupérer plusieurs heures chaque semaine. Cette amélioration peut également accroître la productivité économique à l’échelle de la région.
59 000 tonnes de CO₂ évitées chaque année : cette réduction contribue directement aux objectifs climatiques du Sénégal et du continent. Elle montre que l’Afrique peut prendre une place active dans la transition écologique.
Plus de 1 000 emplois créés : au-delà de l’infrastructure de transport, le projet stimule l’emploi, l’acquisition de compétences et la formation professionnelle.

Pourquoi le temps de trajet est aussi un indicateur économique

Pour les citoyens, disposer d’un système de transport fiable relève à la fois de la dignité et de l’accès aux possibilités économiques et sociales. Les heures passées dans les embouteillages sont autant de temps qui ne peut être consacré à la formation, au développement d’une activité professionnelle ou à la vie familiale.
Dans le cadre de la mission de l’Africa Digital Forum, qui vise à favoriser une économie numérique inclusive, nous considérons que la transformation numérique ne peut se concrétiser sans connectivité physique.
Une ville dans laquelle les déplacements sont fluides offre un environnement plus favorable au développement des startups et à l’accès aux services. Elle permet également de réduire le  déficit d’usage  identifié dans le programme en six axes de l’ADF grâce à une meilleure intégration des territoires et des populations.
En divisant les temps de trajet par deux, Dakar élargit de fait le périmètre de son marché du travail et rapproche davantage de personnes des possibilités créées par l’économie numérique. La ville devient ainsi un écosystème véritablement connecté, plutôt qu’un ensemble de quartiers isolés les uns des autres.
À l’Africa Digital Forum,  nous défendons  une « souveraineté technologique authentique », fondée sur la capacité de l’Afrique à définir des réponses adaptées à ses propres réalités. Le BRT de Dakar en offre une illustration concrète : il mobilise une technologie développée à l’échelle mondiale, la mobilité électrique, tout en l’adaptant aux besoins du marché local.

Une leçon pour le continent le saut technologique

Pendant longtemps, certains ont estimé que l’Afrique devait suivre la même trajectoire de développement que les pays du Nord : construire d’abord des infrastructures fortement carbonées, puis les rendre progressivement plus propres. Le BRT de Dakar montre que cette trajectoire n’est plus une fatalité.
De la même manière que le continent a largement contourné le téléphone fixe pour adopter directement la téléphonie mobile, il peut désormais dépasser les modèles de transport urbain polluants et peu efficaces au profit d’infrastructures propres, intelligentes et conçues dès l’origine autour des technologies numériques.
Le  système rwandais eKash , qui a traité plus de 10,5 millions de transactions depuis son lancement, constitue une autre illustration de cette approche numérique dès la conception. Ces deux projets montrent que lorsque des pays africains investissent dans des infrastructures intelligentes et interopérables, leur adoption peut être rapide, tant la demande d’efficacité et d’inclusion est forte.

Relier les infrastructures au programme de l’ADF 2027

Alors que nous préparons l’Africa Digital Forum 2027 à Lomé, au Togo, les enseignements tirés de l’expérience dakaroise occupent une place importante dans nos réflexions.
Le programme de l’ADF repose sur six axes, parmi lesquels figurent l’accélération de l’accès numérique inclusif et de la culture numérique, ainsi que le renforcement de la cybersécurité régionale et de la gouvernance des données.
Le BRT de Dakar n’est pas uniquement un projet de transport : il possède également une forte dimension numérique. Un réseau de cette ampleur nécessite des outils avancés de gestion des données pour organiser les horaires, suivre l’état des véhicules en temps réel et déployer des systèmes de paiement intégrés permettant aux passagers de passer facilement d’un mode de transport à un autre. C’est cette couche numérique qui transforme un itinéraire de transport en réseau intelligent.
Lors de l’ADF 2027, nous réunirons des chefs d’État, des dirigeants de grandes entreprises technologiques et des startups pour examiner précisément la manière dont les infrastructures physiques et numériques peuvent converger afin de créer une prospérité durable en Afrique.
Nous estimons que le modèle de Dakar peut être reproduit dans d’autres villes du continent, à condition que les pouvoirs publics accordent la priorité aux transports collectifs durables à grande capacité et que les institutions disposent des compétences nécessaires pour les administrer efficacement.

La voie à suivre

Le succès du BRT électrique de Dakar adresse un signal clair aux investisseurs, aux décideurs publics et aux innovateurs : l’Afrique est prête à déployer des infrastructures modernes, complexes et de grande ampleur. Il montre également que la durabilité n’est pas un luxe réservé aux pays riches, mais une nécessité stratégique pour assurer une croissance à long terme.
Pour celles et ceux qui œuvrent à la construction d’un marché numérique africain unifié, Dakar constitue une source d’inspiration. La ville montre qu’une politique publique cohérente, associée à des technologies modernes, peut apporter des réponses concrètes à des problèmes structurels majeurs.
À l’approche de la première édition de l’Africa Digital Forum, prévue à Lomé en mai 2027, nous invitons les responsables des secteurs de la technologie, des médias et de l’investissement à nous rejoindre pour analyser ces modèles et étudier les conditions de leur déploiement à plus grande échelle.
L’avenir des villes africaines ne dépend pas uniquement des logiciels que nous développons. Il repose également sur les infrastructures que nous construisons. Le BRT de Dakar laisse entrevoir un avenir électrique, efficace et prometteur.
EC

Emmanuel Clifford Gyetuah

Emmanuel Clifford Gyetuah is a versatile leader who specializes in transforming complex financial metrics into actionable strategic insights. Currently, he is the Organizing Director for the Africa Digital Forum, Director at the Media and Digital Institute, and Senior Finance Manager at Bolingo Consult.